Paris web 2020 : éthique, environnement et licornes

  • Conférence

par Morgane Delacroix

le 19 octobre 2020

C’est avec quelques semaines d’avance que nous avons booké nos tickets pour Paris Web, qui cette années, Covid oblige, s’est déroulé à distance.

Pas de licornes, pas de goodies (ça c’est pas plus mal pour l’en­vi­ron­ne­ment), pas de buffet ni d’apéro cette année et une program­ma­tion resser­rée pour ces deux jours de confé­rences diffu­sés en live sur youtube. Moins de confé­rences donc, mais une large partie de ces confé­rences sur des sujets qui trans­cendent bien souvent la fron­tière entre les métiers du web. UX, UI, CRO, déve­lop­peurs, chefs de projet et autres product owners n’avaient cette année pas de choix à faire entre 2 confé­rences se dérou­lant à la même heure, les confé­rences s’en­chaî­nant sans se chevau­cher.

Cette année Paris Web a pris un tour­nant beau­coup plus philo­so­phique que tech­nique, en ques­tion­nant nos métiers, leur sens, et la façon dont nous pouvons tous, à notre petit niveau, influen­cer le monde de demain.

Parmi les thèmes les plus abor­dés, on retrou­vait fina­le­ment les théma­tiques qui animent la société dans son ensemble : acces­si­bi­lité, éthique, exploi­ta­tion des données privées, inclu­sion des mino­ri­tés et tran­si­tion écolo­gique. Il appa­raît clai­re­ment que nous sommes à un tour­nant de l’his­toire du Web, depuis Tim Berners-Lee, beau­coup de chemin a été parcouru, et il nous est désor­mais impos­sible à nous, profes­sion­nels du Web, de ne pas s’en­ga­ger sur la trans­for­ma­tion de la société à travers le web.

L’ac­ces­si­bi­lité n’est plus une option

L’ac­ces­si­bi­lité est depuis toujours un des thèmes de prédi­lec­tion de Paris Web, et cette édition ne déroge pas à la règle.

La Covid a mis en lumière plus que jamais les outils de commu­ni­ca­tion à distance et notam­ment les outils de visio et de trai­te­ment de texte colla­bo­ra­tif : Jitsi, Google Meet, Frama­pad sont autant d’ou­tils qui permettent d’or­ga­ni­ser le travail à distance, mais les outils de visio­con­fé­rence ne sont pas tous bien adap­tés pour les personnes en situa­tion de handi­cap.

On ne peut aujourd’­hui pas esti­mer préci­sé­ment le nombre de personnes handi­ca­pées en France, mais il semble­rait que ce chiffre s’ap­proche des 12 millions de personnes.

Le travail à distance est une véri­table aubaine pour de nombreux travailleurs handi­ca­pés, mais en pratique, de nombreux travailleurs handi­ca­pés ont eu beau­coup de mal à se fami­lia­ri­ser avec les outils de travail à distance, dont nombre ne sont pas bien adap­tés. Les outils open source sont souvent compliqués à utili­ser pour les personnes en situa­tion de handi­cap, car ils n’ont pas de support, contrai­re­ment aux grandes entre­prises améri­caines comme Google ou Zoom. Afin de mieux inclure les personnes en situa­tion de handi­cap, il est préfé­rable de leur lais­ser le choix des outils, car leur temps d’adap­ta­tion à un nouvel outil est bien plus grand que pour les personnes valides.

Voici quelques bonnes pratiques à inté­grer pour les personnes valides en contact avec des personnes en situa­tion de handi­cap via ces outils :

  • Donner la descrip­tion des fichiers audio pour les personnes sourdes
  • Donner la descrip­tion des photos et vidéos pour les défi­cients visuels
  • Ne pas utili­ser trop d’emoji, car ils sont mal lus par les lecteurs d’écran

On en profite pour vous rappe­ler les recom­man­da­tions W3C.

Le web d’aujourd’­hui n’est plus le web d’hier… pour le pire ?

Inter­net est une des plus grandes inven­tions de l’hu­ma­nité, c’est le seul réseau qui connecte toute la planète.

Le constat est impla­cable, aujourd’­hui, nous sommes en train de rempla­cer le Web ouvert par un Web qui trans­forme les utili­sa­teurs en objet du web. Inter­net, dans les années 90 et 2000 était une porte ouverte sur un monde nouveau, il permet­tait de décou­vrir de nouvelles cultures, échan­ger avec n’im­porte qui à l’autre bout de la planète, et le bruit du modem était celui de la connexion au reste du monde. Chao­tique, impar­fait et exci­tant, c’était ça le Web des années 90 : on explo­rait, on navi­guait, on allait à la rencontre des choses qu’on ne connais­sait pas.

D’ailleurs, toute l’ico­no­gra­phie et les mots du Web des années 90 avaient trait à cela : nous étions les Marco Polo de cette fin du 20e siècle.

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La parti­cu­la­rité du Web, c’est qu’il a été donné à l’hu­ma­nité sur la base de idées de Richard Stall­man, sur le logi­ciel libre.

Et puis, dans les années 2000, le Web a commencé à se déve­lop­per massi­ve­ment. Les premières plate­formes pour connec­ter les hommes entre eux sont appa­rues : ICQ, AOL, MSN messen­ger… cela a permis l’émer­gence d’un Web moderne et à façonné le Web d’aujourd’­hui.

Rich média, proto­coles https, appli­ca­tions respon­sives et à la mode ; le web est devenu beau, intel­li­gent, enga­geant, person­na­lisé, immer­sif…

Mais le Web est cassé et malade. Les valeurs actuelles du web sont très diffé­rentes des valeurs d’ori­gine, il est devenu un outil de surveillance : tout est tracé, pisté, collecté. Si cette idée est souvent perçue comme du complo­tisme, on sait pour­tant que les données person­nelles sont utili­sées et exploi­tées massi­ve­ment, et ont un impact majeur sur la société et la poli­tique, comme l’a révélé l’af­faire Cambridge Analy­tica.

Les plus gros sites Web d’aujourd’­hui et en parti­cu­lier les GAFA n’existent que pour exploi­ter les données de leurs utili­sa­teurs : les services propo­sés et le contenu ne servent qu’à cela. C’est un glis­se­ment majeur.

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On peut litté­ra­le­ment adap­ter le message à celui qui le reçoit. On collecte des datas sur votre mode de vie, vos avis sur tel ou tel sujet. On aurait pu penser que le scan­dale Cambridge Analy­tica, en mettant au jour l’usage malveillant de nos données person­nelles, aurait mis fin à cette pratique, mais c’est toujours de mise, et c’est même ce sur quoi repose le modèle des socié­tés les plus puis­santes du monde.

Nous utili­sons tous les réseaux sociaux et inter­net de manière volon­taire, mais imagi­nez que dès que vous cliquez quelque part, prenez la parole ou consul­tez une page, on croise ces insights pour établir un profil très précis de qui nous sommes. Nous acteurs du web nous rendons respon­sable de compli­cité du capi­ta­lisme de surveillance. L’objec­tif de tout cela est de modi­fier le compor­te­ment des gens et véri­fier en temps réel l’ef­fi­ca­cité des stimuli. Nous donnons des données en utili­sant ce que nous pensons être des services, et ces données sont exploi­tées.

Sans nous en rendre compte, nous, travailleurs du Web, avons rendu cela possible.

Malgré RGPD, le nombre de trans­ferts de data ne fait que croître, au point qu’aujourd’­hui, le poids des pages Web est essen­tiel­le­ment alourdi par les trackers.

Ajou­ter une vidéo youtube à une page web, c’est ajou­ter 24 trackers et 15 cookies.

Les plate­formes nous solli­citent en perma­nence pour stimu­ler notre acti­vité. Le but n’est pas de nous rappro­cher des gens que nous aimons, mais de créer de l’en­ga­ge­ment et donc de la valeur pour la plate­forme. Les algo­rithmes sont fait pour nous suggé­rer des conte­nus, le Web se trans­forme en un flow de conte­nus sélec­tion­nés par des algo­rithmes. La plupart du temps on oublie que ces outils comme Face­book et consorts ne sont rien sans les utili­sa­teurs, Face­book a besoin de vous, plus que vous n’avez besoin de Face­book.

Inter­net offre la possi­bi­lité d’être tous égaux, et de parler à tous, d’avoir une voix égale que l’on soit améri­cain, népa­lais, ou même un chien.

Culti­vons le small Web, le Web sans arrière pensées où des utili­sa­teurs partagent leur expé­rience, des ressources et des idées avec d’autres utili­sa­teurs sans cher­cher à les influen­cer.

Voici quelques protips pour vous aider à vous prému­nir au mieux du tracking et de la collecte de vos données person­nelles :

  • Exten­sion Webkoll
  • Exten­sion Ublock origin
  • Exten­sion Privacy badger
  • Exten­sion HTTPS everyw­here
  • Réflé­chir avant de four­nir ses data
  • Quit­ter les réseaux sociaux
  • Ne pas hési­ter à payer pour un service, pour éviter juste­ment le partage de nos data
  • Exiger, en tant qu’u­ti­li­sa­teurs, un meilleur web.
  • Choi­sir des logi­ciels libres
  • S’af­fran­chir le plus possible des produits google

Cookies et privacy

Depuis 2018 la légis­la­tion sur les cookies à été modi­fiée, jusque là une simple optout suffi­sait, aujourd’­hui la philo­so­phie a changé et le consen­te­ment de l’uti­li­sa­teur doit être expli­cite.

Malgré cette nouvelle légis­la­tion, de nombreux acteurs impor­tant du Web ne respectent pas la notion de consen­te­ment à l’uti­li­sa­tion des cookies. Le consen­te­ment doit être libre, et l’on doit pouvoir le reti­rer à tout moment ; par ailleurs, un consen­te­ment unique ne peut pas justi­fier plusieurs fina­li­tés diffé­rentes. Ce n’est pas parce que l’on visite un site que l’on consent à l’uti­li­sa­tion des cookies et le fait de ne pas donner son consen­te­ment n’est pas consi­déré comme du consen­te­ment.

Notre respon­sa­bi­lité en tant que concep­teurs est d’évi­ter les dark patterns qui piègent l’uti­li­sa­teur et lui font donner son consen­te­ment sans que ce soit clair. En effet, le consen­te­ment doit être éclairé, pour cela l’in­for­ma­tion doit être lisible et acces­sible. Le consen­te­ment doit impé­ra­ti­ve­ment être donné avant le trai­te­ment.

Même si les cookies sont néces­saires pour assu­rer le bon fonc­tion­ne­ment d’un site, les bannières de cookies doivent être présentes. Les cookies de main­tien de session par exemple sont néces­saires, et ne néces­sitent pas de consen­te­ment. Néan­moins il est impé­ra­tif d’in­for­mer l’uti­li­sa­teur de la collecte de ses données pour lui lais­ser le choix d’uti­li­ser ou non un site Web.

On constate que de nombreux sites Web pratiquent ce que l’on appelle la “consent fatigue” : cette pratique consiste à lister l’en­semble des cookies et trackers pré-sélec­tion­nés. Pour s’en débar­ras­ser, l’uti­li­sa­teur devra cocher des dizaines et des dizaines de cases, voire se rendre sur des sites web tierces pour expri­mer leur refus. La future e-privacy regu­la­tion prévoit de rendre cette pratique illé­gale pour mieux proté­ger les utili­sa­teurs.

Pendant long­temps, le non respect de RGPD ne repré­sen­tait pas un grand risque pour les proprié­taires de sites Web, mais nous sommes à un tour­nant, à titre d’exemple, H&M a récem­ment écopé d’une amende de 35, 5 millions €.

Mais il est impor­tant aussi de se rappe­ler que les cookies ne sont pas néces­sai­re­ment malveillants, ils ont été créés par Nets­cape pour stocker des infor­ma­tions et permettre une navi­ga­tion de meilleur qualité : main­tien de session, du choix de la langue ou du panier d’achat. En revanche quand on a un ordi­na­teur infecté par un malware, il peut en géné­ral aller lire les cookies.

Toute infor­ma­tion collec­tée via les cookies est une donnée person­nelle, prenez le temps de regar­der ce que vous accep­tez, et perdez l’ha­bi­tude d’ac­cep­ter les cookies sans avoir jeté un oeil aux données person­nelles collec­tées lors de votre navi­ga­tion.

La green tech est-elle une utopie ?

La green tech se présente en géné­ral comme 100% green ou 0% effet de serre.

La tech­no­lo­gie 100% green dans les faits devrait être 0 GES, 0 impact (ni plané­taire, ni social, ni ressources) ; autant dire que ça n’existe pas, on ne peut pas être 100% green, un service numé­rique pollue forcé­ment. Quand on parle de compen­sa­tion carbone, il s’agit de compen­ser ce que l’on a émis, et c’est une illu­sion héré­tique.

Le 100% green n’existe pas car l’im­pact numé­rique n’est pas invi­sible, loin de là :

  • Le maté­riel (serveurs, infra réseau, device) a une durée de vie de plus en plus courte : la durée de vie d’un télé­phone est de 2 ans et demi, celle d’un laptop est de 4 ans et d’un ordi­na­teur de bureau est de 5 ans. Aujourd’­hui Seule­ment 17, 3% du maté­riel numé­rique est recy­clé
  • L’élec­tri­cité : même un service low tech consomme de l’élec­tri­cité, et sur ce point nous ne sommes pas égaux d’un pays à l’autre. En France, nous avons le nucléaire, donc l’émis­sion de gaz à effet de serre est faible. Si l’éner­gie repose sur le char­bon à 100% char­bon comme en Austra­lie, en compa­rai­son avec la France, une même appli­ca­tion avec le même device, les émis­sions de C02 seront 210x plus impor­tantes qu’en France
  • Les ressources : nickel, cuivre, cobalt par exemple, dont les réserves sont très faibles. Les plus gros impacts viennent de la produc­tion de nos devices à nous, utili­sa­teurs finaux.

Alors soyons francs, on peut être plus sobre, plus vert, mais 100% green c’est impos­sible.

Le label Tech4­good se retrouve mis à mal par ces constats, c’est pure­ment et simple­ment du green­wa­shing :

  • Face­book et google financent la forma­tion, l’em­ploi, des bourses
  • Uber inves­tit dans des programmes IA, voitures auto­nomes, systèmes de recharges
  • Lime est Tech4­good alors que la durée de vie d’une trot­ti­nette Lime est de 23 jours et que le bilan écolo­gique de cette solu­tion de mobi­lité est déplo­rable

Tech4­good repose sur un seul critère : le bien commun, les autre problé­ma­tiques ne sont pas trai­tées dans ce label et l’on oublie aisé­ment que Face­book et Google exploitent les données de leurs utili­sa­teurs, Uber préca­rise l’em­ploi et les trot­ti­nettes Lime finissent leur vie dans la Seine. La tech n’est pas éthique par défaut, c’est ce que nous en faisons qui la rend éthique ou non.

C’est à nous, consom­ma­teurs finaux, de faire preuve d’éthique :

  • L’uti­li­sa­tion des devices
  • Ne pas ache­ter des devices inutiles comme par exemple les tests de gros­sesse élec­tro­nique, qui n’ap­portent rien vs les tests non élec­tro­niques
  • Ne pas utili­ser des services qui exploitent les failles du système social

Alors comment agir en tant que concep­teurs du Web ?

Il est néces­saire de lutter contre les obési­ciels, adop­ter des méthodes d’éco-concep­tion, être plus sobres numé­rique­ment.

Ne l’ou­blions pas, 80% des features que nous déve­lop­pons sont peu ou pas utili­sées. Nous avons détaillé les bonnes pratiques dans un article dédié à l’éco-concep­tion.

L’éthique : le meilleur moyen de chan­ger les choses

Le webmar­ke­ting

Que ce soit dans le webmar­ke­ting ou dans le déve­lop­pe­ment, il est indis­pen­sable de nous posi­tion­ner dans une démarche éthique. Mais l’éthique de l’un n’est malheu­reu­se­ment pas l’éthique de l’autre, et la percep­tion des uns et des autres diffère selon les sujets.

Nous, profes­sion­nels du Web, avons la possi­bi­lité d’agir à notre petit niveau, mais pour cela il va falloir se battre.

Le webmar­ke­ting et l’éthique ne semblent a priori pas faire bon ménage au premier abord, et pour­tant… Le marke­ting ça n’est ni plus ni moins qu’é­mettre le bon message auprès des bonnes personnes. Pour les asso­cia­tions et autres ONG, la ques­tion ne se pose pas, elles oeuvrent a priori pour le bien commun et ne sont pas dans une démarche mercan­tile. Mais le marke­ting est un outil neutre, c’est ce que l’on décide d’en faire qui est bon ou mauvais. Alors pour faire du marke­ting éthique, il convient de ne pas faire de washing (utili­ser un argu­ment falla­cieux pour se donner une image faus­sée et plus relui­sante que la réalité). Pour cela on évitera d’uti­li­ser des argu­ments écolo­giques (non, une voiture ne PEUT pas être écolo­gique) ou de se servir d’une cause comme le fémi­nisme pour vendre davan­tage. N’uti­li­sons pas une cause pour détour­ner l’at­ten­tion des méfaits causés par une marque.

Il n’y a pas de marque ou d’en­tre­prise 100% éthique, l’objec­tif c’est de faire le mieux possible.

  • Être honnête et trans­pa­rent
  • Promou­voir des valeurs sociales fortes
  • Promou­voir la diver­sité
  • Commu­niquer moins et mieux

Sur la forme, nous avons aussi la possi­bi­lité d’agir :

  • Choi­sir l’éco-concep­tion : cher­cher à réduire l’em­preinte écolo­gique à chaque étape du process de fabri­ca­tion
  • Se lancer dans une démarche d’ac­ces­si­bi­lité
  • Privi­lé­gier la qualité plutôt que la quan­tité des supports
  • Être RGPD compliant
  • Pros­crire le mass e-mailing

… et dans le déve­lop­pe­ment ?

Ces derniers temps, on est très préoc­cu­pés par l’im­pact néga­tif de la tech­no­lo­gie, ce qui replace l’éthique au coeur des débats.

Il manque peut être un repère moral fort dans la tech­no­lo­gie, qui a peu d’en­crage moral par essence. Dans l’open source ou dans la créa­tion de projets tech­no­lo­giques, le fait de compar­ti­men­ter les tâches et ne pas offrir une vision globale est un frein à la prise de conscience du sens du projet sur lequel on travaille, et une tache seule n’a pas forcé­ment le même impact que combi­née à une multi­tude d’autres.

Il manque à l’open source et au déve­lop­pe­ment en géné­ral un appui de la commu­nauté et des parties prenantes, malgré cela, la norme du respect des droits humains prend de plus en plus de place dans les meet-ups. De nombreux déve­lop­peurs, en connais­sance de cause, se battent pour limi­ter le tracking des utili­sa­teurs et pour le respect d’RGPD, notam­ment quand ils sont pres­ta­taires. Mais comment lutter effi­ca­ce­ment, sachant qu’au­cune clause de conscience n’existe ? Le premier réflexe à avoir est d’ex­po­ser les faits et de parta­ger ce qui éthique­ment nous pose un problème avec ses colla­bo­ra­teurs : il est possible que le comman­di­taire n’ait simple­ment pas envi­sagé l’as­pect non éthique d’un feature et revienne dessus. Si malgré cela on est confronté à un refus, on peut cher­cher de l’ap­pui auprès d’as­so­cia­tions spécia­li­sées dans le domaine, elles sauront souvent vous guider avec des points d’ap­puis juri­diques ou juris­pru­den­tiels.

Atten­tion néan­moins, car la morale et l’éthique ne se confondent pas, par exemple les algo­rithmes des réseaux sociaux bannissent la nudi­té… y compris celle des pein­tures clas­siques !

Amélio­rer la repré­sen­ta­ti­vité des femmes et des mino­ri­tés dans la tech

La tech c’est aussi un sujet RH à part entière, et la problé­ma­tique du recru­te­ment des femmes est récur­rente dans notre domaine d’ac­ti­vité, où elles sont souvent sous-repré­sen­tées.

Le langage utilisé dans les offres d’em­ploi influence les choix de l’uti­li­sa­teur et donc leur capa­cité à postu­ler ou non à une offre. Si on a un cerveau (rassu­rez-vous, nous en avons), on a néces­sai­re­ment des biais incons­cients, qui influencent la déci­sion et le compor­te­ment en géné­ral. En français, la forme mascu­line est utili­sée quand on a besoin d’un genre neutre, ce qui crée un biais incons­cient. Le fait de créer des stéréo­types de genre dès l’en­fance fait que les garçons sont encou­ra­gés à être compé­ti­tifs, et les filles à prendre soin de l’autre ; ces stéréo­types ont une influence à l’âge adulte.

On assigne des profes­sions au sexe dès la nais­sance. On consi­dère par exemple que les femmes sont prédis­po­sées pour les arts et les langues, et les hommes pour les sciences et les mathé­ma­tiques, ce qui est statis­tique­ment faux, les compé­tences sont très équi­li­brées. La société crée des stéréo­types de groupes, et ces stéréo­types résonnent dans la réalité : les membres du groupe ont une propen­sion à se compor­ter comme le stéréo­type l’énonce de manière tota­le­ment incons­ciente. Cette menace de stéréo­type fonc­tionne aussi bien pour les hommes que les femmes, les hommes sont par exemple consi­dé­rés comme moins doués avec les enfants.

Dans les sciences, tech­no­lo­gies, ingé­nie­rie et mathé­ma­tiques, le stéréo­type est très fort. Les biais sont repro­duits par l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle : par exemple, si l’on tape le mot “déve­lop­peurs” dans google image, on trouve 52% d’images d’hommes, 26% d’images neutres, 13% d’équipes mixtes, et 5% d’images de femmes.

Les mots choi­sis dans les offres d’em­ploi sont inter­pré­tés diffé­rem­ment par les hommes et femmes. Certains mots sont encou­ra­geants pour les hommes et décou­ra­geants pour les femmes. On abaisse donc la propen­sion des femmes à postu­ler pour un job, c’est ce qu’on appelle une langue à conno­ta­tion mascu­line. Dans les STIM (science, tech­no­lo­gie, ingé­nie­rie et mathé­ma­tiques), 92% des offres d’em­ploi ont une conno­ta­tion mascu­line.

Ecrire de façon inclu­sive c’est se lais­ser la possi­bi­lité d’at­ti­rer des talents d’ho­ri­zons divers, de genres divers etc. Les candi­dats tradi­tion­nels, eux, ne seront pas dissua­dés de postu­ler. Avec un langage inclu­sif, on attire de 42% à 100% de candi­da­tures supplé­men­taires.

Mais c’est quoi être inclu­sif dans une offre d’em­ploi ?

  • Utili­ser du langage encou­ra­geant, mettant en valeur la colla­bo­ra­tion plutôt que la compé­ti­tion
  • Mettre l’ac­cent sur le soutien et l’en­traide plutôt que sur le mana­ge­ment.
  • Ne pas tomber dans trop de super­la­tif, car ils sont dissua­sifs pour les talents d’ho­ri­zons divers
  • Bannir la culture de la compé­ti­tion qui n’at­tire pas les les profils diffé­rents

Les femmes et les mino­ri­tés aiment entre­voir la culture d’en­tre­prise, et savoir s’ils pour­ront s’y sentir valo­ri­sés et à l’aise.

Quand on visua­lise un déve­lop­peur, on visua­lise, à cause de nos biais des hommes jeunes et blanc, plutot qu’une femme noire de 45 ans et plus, pour­tant elle est peut être le talent dont vous avez besoin.

Dans une démarche UX, les user stories mixtes “en tant qu’u­ti­li­sa­teur ou utili­sa­trice” permet de mieux inclure le besoin des femmes, l’uti­li­sa­tion des 2 formes dans les user stories sont une aide à une meilleure concep­tion et au déve­lop­pe­ment d’une empa­thie inclu­sive.

Le compor­te­ment des hommes et des femmes face aux offres d’em­plois est radi­ca­le­ment diffé­rent : un homme postule quand il couvre entre 40 et 60% des exigences tandis qu’une femme ne postu­lera que si couvre entre 90 et 100% des compé­tences annon­cées. Cela s’ex­plique par le fait que les femmes ont été socia­li­sées pour être honnêtes et dili­gentes. Nos biais ont une influence sur notre langage qui a lui-même une inci­dence sur notre vie.

Atti­rer des talents d’ho­ri­zons divers dans l’in­dus­trie Web commence par écrire avec un langage inclu­sif pour invi­ter les profils diffé­rents à rejoindre l’in­dus­trie.

Pour conclure

Cette édition nous aura permis d’in­ter­ro­ger notre rôle dans la construc­tion du monde de demain, dont nous mini­mi­sons trop souvent l’im­pact.

La commu­nauté des travailleurs du Web est portée par des valeurs essen­tielles que sont le partage de connais­sance, la liberté et la volonté d’agir pour le bien commun. Si nous ne pouvons pas être parfaits, il nous appar­tient de faire le mieux possible pour impac­ter posi­ti­ve­ment le monde de demain et opérer un léger retour en arrière dans notre manière de créer et consom­mer le Web.

Soyons trans­pa­rents, honnêtes, conscients, inclu­sifs et n’ache­tons pas les derniers devices à la mode.

On remer­cie Paris Web qui une fois de plus a su nous offrir des confé­rences de qualité menées par des inter­ve­nants experts et ouverts.

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